N’allons pas trop vite avec la 5G!

 

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La 5G, soit la cinquième génération de standards pour la téléphonie mobile, a fait les manchettes dans les dernières semaines. D’abord, parce que cette avancée technologique promet de grandement améliorer l’Internet mobile, tant dans la rapidité des transmissions que dans le volume de données qu’il est possible de transmettre. Ensuite, et surtout, parce qu’elle a soulevé des enjeux géopolitiques et de relations internationales importants suite à l’arrestation d’une haute responsable de la compagnie chinoise Huawei à Vancouver en décembre dernier. Mais avant tout, qu’est-ce que la 5G et qu’est-ce qui la différencie de la 4G, le standard actuel de téléphonie mobile?

Qu’est-ce que la 5G?

Alors que la première génération de standards pour la téléphonie mobile permettait de faire des appels, la deuxième permettait aussi d’échanger des messages textes. La troisième génération de standards permettait, pour sa part, d’échanger des images, alors que la quatrième génération a permis de développer l’Internet mobile, dont le visionnement de vidéos sur les téléphones cellulaires. La 5G permettra d’établir une connexion plus rapide, un échange de données plus prompt et de connecter en réseau des objets physiques de la vie de tous les jours.

Ce que promet la 5G, c’est d’abord un réseau plus rapide que la 4G, en plus d’un délai de réponse (la latence) grandement réduit. La vitesse de transmission des données devrait donc être améliorée grâce à la 5G. En fait, le réseau de cette cinquième génération devrait être jusqu’à être 20 fois plus rapide que la vitesse maximale permise par la quatrième génération de réseau cellulaire. Le délai de réponse entre la demande faite par un utilisateur et la réponse du réseau ou d’un serveur devrait être réduit : passant de 50 millisecondes avec la 4G à seulement 1 milliseconde avec la 5G.

Cette vitesse et ce délai de latence amélioré devraient permettre de développer de nouvelles applications : les voitures autonomes qui demandent d’être connectées en continu à un réseau; la télémédecine qui pourrait bénéficier d’un très court délai de latence (pensons aux chirurgies faites à distance); la réalité virtuelle sans fil qui nécessite un réseau rapide et un très court délai de latence pour être d’une utilisation agréable et pour les utilisateurs; le développement de l’Internet des objets qui met en réseau un très grand nombre d’objets physiques, etc.

Le développement et l’implantation de la 5G soulèvent toutefois plusieurs inquiétudes, dont certaines de nature géopolitique, d’autres de nature environnementale.

La 5G au cœur de conflits géopolitiques

Un des principaux équipementiers pour développer le réseau 5G, le géant chinois Huawei, est accusé d’entretenir des liens trop étroits avec le gouvernement chinois. Évoquant des risques liés à la sécurité nationale, les États-Unis et l’Australie ont d’ailleurs banni Huawei de leur territoire. Plus spécifiquement, la compagnie est accusée d’espionnage et de fournir des informations confidentielles au gouvernement chinois.

De plus, la directrice financière, Meng Wanzhou, a été arrêtée à Vancouver le 1er décembre dernier à la suite d’une demande d’extradition faite par les États-Unis. Le département américain de la Justice a dernièrement déposé des accusations de complot, de fraude et d’entrave à la justice contre la compagnie Huawei et Meng Wanzhou. Le Canada, de son côté, ne reproche rien à Huawei, mais évalue la possibilité d’extrader Meng Wanzhou aux États-Unis.

Huawei étant un des principaux fournisseurs d’équipements pour la 5G, en plus d’être la compagnie qui est privilégiée jusqu’à maintenant pour développer les infrastructures de ce réseau au Canada, de telles accusations soulèvent des inquiétudes importantes quant à la sécurité nationale du Canada. Huawei a toutefois nié fermement ces accusations.

Néanmoins, de tels enjeux géopolitiques et de relations internationales soulèvent la question de la responsabilité des États, dont le Canada, de protéger leurs institutions et leur population contre de possibles intrusions étrangères, dont l’espionnage est un cas typique. Dans un contexte où les faits ne sont pas encore clairement établis, il n’est toutefois pas évident de déterminer ce que le gouvernement canadien devrait faire dans cette situation.

Des conséquences possibles sur la santé et l’environnement

Le développement de la 5G soulève également des enjeux portant autant sur la santé des êtres humains et des autres organismes vivants que sur l’énergie nécessaire pour entreposer les nouvelles données qui seront générées par les objets connectés.

Pour fonctionner, le réseau 5G nécessite plusieurs antennes émettant des ondes différentes. En effet, le fonctionnement de la 5G repose sur différents spectres d’ondes : 600 MHz, 3500 MHz et 24 GHz. Les ondes qui soulèvent des inquiétudes concernent les « ondes millimétriques », soit les ondes de très hautes fréquentes autour des 24 GHz.

Ces ondes permettent d’augmenter la vitesse du transfert des données, mais ce sont des ondes qui ne voyagent pas très loin. C’est d’ailleurs pourquoi la 5G nécessitera de multiplier les antennes pour couvrir un territoire. Bien qu’il n’existe pas en ce moment de preuves scientifiques solides pour soutenir que la 5G pose un risque sérieux pour la santé, certains scientifiques expriment un certain nombre d’inquiétudes. Par exemple, il est déjà connu que les ondes millimétriques peuvent augmenter la température de la peau en réchauffant les tissus, bien qu’il n’existe pas en ce moment de consensus scientifique quant aux effets à long terme d’une exposition soutenue à ces ondes. Cette absence de consensus scientifique provient principalement de l’impossibilité d’avoir des données longitudinales sur ce phénomène, encore trop récent.

Il est alors pertinent d’évoquer ici le principe de prudence, qui, lorsqu’appliqué à une nouvelle technologie, soutient que dans une situation où les données ne sont pas complètes ou suffisamment complètes, il est préférable de s’abstenir de l’utilisation de cette technologie. Toutefois, l’application de ce principe doit être contrebalancée par les avantages que représentent ou pourraient représenter le développement ou l’utilisation d’une technologie.

Il apparaît donc nécessaire que plus d’études soient réalisées pour mieux comprendre les effets (ou l’absence d’effets) des ondes millimétriques sur la santé. Surtout, dans un contexte où la désinformation peut facilement se propager, entre autres sur les réseaux sociaux, il devient alors essentiel d’avoir à notre disposition le plus de données probantes que possible afin que la communauté scientifique et le public puissent bien être informés quant aux risques (ou à l’absence de risques) liés à la 5G.

De plus, l’entreposage des données générées par les objets connectés s’ajoute aux impacts environnementaux du développement de l’infrastructure liée à la 5G et à la production de téléphones cellulaires et d’objets connectés. Principalement, alimenter les centres de serveurs entraine une demande accrue en énergie.

Pour ne donner qu’un seul exemple, selon la compagnie Intel, une voiture connectée pourrait générer jusqu’à 4 téraoctets (4 TB) de données par jour. Si toutes ces données sont téléversées dans un serveur, plutôt qu’entreposées localement dans la mémoire de la voiture, alors il sera nécessaire de construire de nouveaux centres de serveurs. Plus de centres de serveurs équivaut également à une plus grande consommation d’énergie. D’ailleurs, selon certaines estimations (voir l’audio fil de l’émission « Moteur de recherche », à 18h34), 20% de l’électricité produite mondialement en 2025 sera utilisée pour alimenter en énergie les centres de serveurs. (À ce sujet, voir aussi la chronique de Dominic Cliche, conseiller en éthique à la Commission de l’éthique en science et en technologie, du 17 janvier dernier à l’émission « Futur Simple ».)

Un tel impact environnemental du développement de la 5G est non négligeable et, devant le défi énergétique que l’entreposage des données générées par les objets connectés représentera, il semble impératif d’au moins miser sur des énergies renouvelables pour diminuer cet impact. Une telle conclusion est, entre autres, soutenue par le principe de développement durable, soit la nécessité de répondre aux besoins de demain sans compromettre la capacité de répondre à ceux du futur.