Quels incitatifs pour favoriser la communication scientifique publique?

 

Cliqez ici pour voir et lire la publication du 12 avril 2019 sur notre page Facebook

 

« Les injections de vitamine C guérissent le cancer », « les vaccins causent l’autisme et augmentent la mortalité infantile », « la terre est plate » : la communauté scientifique s’entend pour dire que ces affirmations ne sont pas soutenues par les données probantes. Mais cela n’empêche pas plusieurs regroupements de les promouvoir librement sur différentes tribunes et de gagner des adeptes.

Que votre oncle affirme que la terre est plate dans le confort de son salon peut sembler inoffensif. Mais cette méfiance à l’égard du discours scientifique peut aisément avoir des répercussions néfastes sur nos vies. Par exemple, des pratiques comme la vaccination sont en recul. Par conséquent, certaines maladies comme la rougeole font un retour marqué dans plusieurs pays, comme la Pologne, l’Ukraine ou les États-Unis. Récemment, un cas de rougeole a même été signalé à Ottawa.

L’enjeu dans de telles situations est de concilier différentes valeurs en conflit. D’une part, on veut favoriser la tolérance de tous les types de discours et l’ouverture intellectuelle face à des discours minoritaires. On veut aussi éviter, dans la mesure du possible, une forme de paternalisme modéré où une élite intellectuelle transmet ses connaissances au reste de la population. Or, des risques de sécurité publique (ou, plus précisément, de santé publique) se posent lorsque certains discours comptent un nombre critique d’adeptes au sein d’une collectivité (pensons au mouvement anti-vaccins).

Le rôle des scientifiques dans la sphère publique

Plusieurs analystes lancent un cri d’alarme et invitent les membres de la communauté scientifique à réagir. Une raison pouvant expliquer la popularité du scepticisme à l’égard de la science est l’incompréhension des méthodes employées par les scientifiques. C’est pourquoi les scientifiques devraient investir l’espace public pour expliquer non seulement les résultats qu’ils obtiennent, mais aussi la méthode qu’ils emploient pour atteindre ces résultats.

Les scientifiques pourraient aussi faire preuve d’une plus grande solidarité entre eux. Prenons le cas le pharmacien et vulgarisateur scientifique Olivier Bernard, mieux connu sous le nom de Pharmachien, qui a été harcelé après avoir critiqué les prétentions de certains concernant la vitamine C comme remède au cancer. Commentant le harcèlement subi par ce dernier, Rémi Quirion, le scientifique en chef du Québec, affirme :

Des incitatifs appropriés

Plusieurs universités inscrivent déjà le service à la collectivité dans le mandat des chercheurs et professeurs. Dans ce contexte, on peut se demander pourquoi peu de chercheurs investissent la sphère publique sur des questions aussi importantes que la vaccination.

Certains facteurs institutionnels pourraient expliquer pourquoi les scientifiques n’investissent pas la sphère publique pour dénoncer les discours infondés. La science n’est pas simplement une quête désintéressée de la connaissance. Elle est financée par des groupes et des conseils qui ont des attentes spécifiques. Afin d’inciter les chercheurs à investir la sphère publique, on pourrait revoir ces mécanismes.

Prenons un exemple simple. Un chercheur a besoin de financement pour mener sa recherche à terme. Les chercheurs doivent donc demander et justifier leur financement. Au Québec, les Fonds de recherche du Québec et le Conseil national de recherches du Canada sont les principaux organismes publics finançant la recherche.

Afin d’obtenir du financement, un chercheur doit compléter un dossier de candidature. Des points seront alloués à différentes réalisations, comme la publication d’articles dans des revues spécialisées, des conférences dans des colloques internationaux, l’obtention de prix, la direction d’étudiants à la maîtrise et au doctorat, et ainsi de suite.

Actuellement, le fait d’investir la sphère publique (par exemple, de faire une intervention dans un grand média) pourrait l’être davantage, en particulier dans certaines disciplines scientifiques. Sans des incitatifs adaptés en faveur des interventions publiques, les chercheurs se retrouvent donc dans la situation suivante : s’ils veulent mettre toutes les chances de leur côté pour obtenir du financement, ils doivent se concentrer sur certaines réalisations spécifiques, qui n’incluent pas les interventions publiques.

En d’autres termes, si les mécanismes adéquats ne sont pas en place, les chercheurs québécois auront peu d’incitatifs à investir l’espace public. Le temps qu’ils prendront pour promouvoir la méthode et les connaissances scientifiques dans l’espace public ne sera pas investi dans les activités récompensées par les organismes subventionnaires (comme la publication d’articles scientifiques, la participation à des colloques internationaux, etc.).

Bref, il y a une volonté d’inclure davantage le discours scientifique dans le débat public, surtout sur des questions de sécurité ou de santé publique. Mais les mécanismes institutionnels actuels pourraient être améliorés pour que ce souhait se matérialise plus facilement.