La voiture électrique : un cadeau royal ou empoisonné?

 

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Avec l’annonce récente du Gouvernement du Canada d’une aide de 5 000$ pour l’achat d’une voiture électrique de moins de 45 000$, aide qui viendra s’ajouter pour les résidents du Québec à l’aide offerte par le Gouvernement du Québec d’une valeur de 8 000$ pour l’achat d’une voiture électrique de moins de 75 000$, plusieurs citoyens pourraient être tentés de faire la transition de la voiture à essence vers la voiture électrique.

La voiture électrique représente certains avantages par rapport aux voitures traditionnelles à essence, dont celui de contribuer à l’effort de réduction des émissions de CO2 par nos moyens de locomotion et de transport.

Toutefois, il serait exagéré de voir la voiture électrique comme étant une solution miracle ou comme une panacée à nos défis environnementaux. De plus, la production même de la voiture électrique soulève certains enjeux éthiques, tout comme l’utilisation de la part des gouvernements des fonds publics pour favoriser l’achat de tels véhicules.

L’impact environnemental de la voiture électrique

Pour bien analyser l’impact environnemental de la voiture électrique, il est nécessaire de prendre en considération le cycle de vie complet d’une voiture électrique. Si l’impact environnemental d’une voiture électrique est moindre qu’une voiture à essence lors de sa phase d’utilisation, la relation est inversée lors de la phase de fabrication compte tenu des coûts environnementaux liés aux matériaux requis pour la fabrication d’une voiture électrique dont, entre autres, ceux nécessaires pour la production des batteries. Ces batteries sont en effet souvent construites dans des pays qui utilisent des sources d’énergies non renouvelables, principalement des énergies fossiles, pour alimenter les usines qui fabriquent ces batteries.

Le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) a d’ailleurs calculé qu’une voiture électrique a un impact environnemental deux fois plus élevé qu’une voiture à essence pour sa phase de production. En bref, la voiture électrique part donc avec une plus grande dette environnementale qu’une voiture à essence, bien qu’elle pollue moins lors de sa phase d’utilisation. Encore faut-il que la source d’énergie utilisée pour produire l’électricité qui permettra de recharger les batteries soit elle-même une source renouvelable. C’est le cas pour le Québec où l’électricité consommée provient en large partie de l’hydroélectricité. Toutefois, ceci n’est pas le cas partout au Canada : près de 85% de l’électricité produite en Alberta et en Saskatchewan est produite à partir du charbon ou du gaz naturel, des sources non renouvelables d’énergie.

De plus, l’impact environnemental d’une voiture électrique pourrait encore être important une fois que celle-ci est retirée de nos routes dépendamment de la possibilité ou non de pouvoir recycler les batteries une fois que celles-ci sont désuètes.

Pour le moment, les entreprises qui recyclent les batteries utilisées par les voitures électriques sont rares. De plus, la rentabilité de ces entreprises est loin d’être assurée, ce qui pourrait freiner la récupération des batteries désuètes provenant de véhicules électriques.

Bien que les voitures électriques puissent être perçues comme une amélioration par rapport aux voitures à essence, il appert ainsi que leur production ne respecte pas en tout point le principe de développement durable. Tel que défini par la Loi sur le développement durable, ce principe souligne qu’un développement est durable s’il « répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. » Par une utilisation accrue de minerais et de métaux disponibles en quantité finie, dont l’extraction requiert beaucoup d’eau et d’énergie, il est en effet loin d’être évident que la production à grande échelle de voitures électriques soit soutenable à long terme.

L’activité minière et les droits humains

Concernant l’extraction des minerais et métaux nécessaires à la fabrication des voitures électriques et, surtout, nécessaires à la fabrication des batteries, ces activités minières ont souvent lieu dans des pays où les droits humains et du travail ne sont pas respectés. Dans un rapport publié par l’Agence européenne pour l’environnement, les mauvaises conditions de travail en République démocratique du Congo sont soulignées, pays où l’activité minière est très importante. D’ailleurs, il y a quelques semaines, Amnistie Internationale lançait un cri d’alerte quant au non-respect des droits humains dans les mines de ce pays, entre autres dans des mines de cobalt, élément essentiel à la fabrication des batteries.

La subvention des gouvernements : une aide aux riches?

Bien qu’il soit tout à fait raisonnable que les gouvernements orientent les comportements des individus par le biais de programmes de subventions ou d’aides aux citoyens, certains de ces programmes encouragent un mode de vie que seulement un petit nombre d’individus peuvent se permettre d’avoir. Dans le cas de la voiture électrique, ce sont – du moins pour bénéficier de la totalité des subventions offertes par les gouvernements – des individus qui ont la capacité de se payer une voiture neuve.

Certains diront plutôt, comme c’est le cas pour le professeur à HEC Montréal Pierre-Olivier Pineau, qu’il est préférable d’investir ces sommes publiques dans le transport collectif. Une augmentation du financement du transport collectif, qui n’est évidemment pas incompatible avec les subventions des gouvernements fédéral et provincial pour l’achat d’une voiture électrique, pourrait avoir l’avantage de favoriser la justice sociale, car elle bénéficie tout d’abord aux gens moins fortunésqui n’ont pas les moyens de se procurer une voiture neuve.De plus, de telles subventions pourraient permettre d’augmenter l’offre de transport collectif pour des collectivités où l’offre actuelle ne correspond pas aux besoins de la population, par exemple, pour le transport collectif interrégional. Une telle utilisation des fonds publics aurait aussi le mérite d’être en meilleure adéquation avec le principe de développement durable.