Retour à l’expéditeur ? Le problème du marché international des déchets

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Une fois aux deux, trois ou quatre ans, vous changez de téléphone portable. Vous vous débarrassez alors de votre ancien appareil. Il est très difficile de recycler les matériaux utilisés dans ces appareils (du moins, étant donné les limites technologiques actuelles). Où ira votre vieil appareil ? Dans un centre de recyclage au Québec ? Ailleurs au Canada ? À 20 000 kilomètres de chez vous ?

Votre vieux téléphone traîne peut-être dans un conteneur immobilisé à Manille, aux Philippines, depuis quelques années. Il y a quelques jours, on apprenait que plusieurs conteneurs de déchets du Canada envoyés aux Philippines il y a plus de cinq ans allaient revenir au pays. La Malaisie compte aussi retourner près de 3000 tonnes de déchets à différents pays industrialisés, comme le Canada, les États-Unis ou le Royaume-Uni.

Plusieurs pays peinent à trouver preneur pour leurs déchets. Historiquement, la Chine a été un partenaire incontournable de plusieurs pays industrialisés pour le recyclage et l’enfouissement des déchets. Or, la Chine a instauré de nouvelles réglementations limitant (voire interdisant) l’exportation de déchets vers ce pays. Ce changement de réglementation s’explique notamment par le fait que plusieurs pays industrialisés envoyaient des matières de mauvaise qualité en Chine. Ces matières sont plus difficiles à recycler. Ultimement, elles se retrouvaient dans des sites d’enfouissement chinois.

Différents modèles pour l’importation de déchets

Il existe différents modèles d’importation de déchets dans le monde, dont certains semblent plus acceptables que d’autres. En Suède, par exemple, le papier, les matières organiques et d’autres déchets sont utilisés pour produire du biogaz ou sont brûlés à des fins de chauffage. Étant donné que ses besoins énergétiques dépassent ce qu’elle peut générer par ses déchets domestiques, la Suède importe certaines catégories de déchets de pays voisins (comme la Norvège). Ce modèle profite aux différents pays impliqués dans la transaction. Un pays produit de l’énergie et l’autre se débarrasse d’une partie de ses déchets.

 

Mais le problème est tout autre dans le cas de pays comme la Chine, la Malaisie ou les Philippines. Plusieurs pays industrialisés y envoient des déchets condamnés à l’enfouissement ou difficiles à recycler. Par exemple, des déchets contaminés, des papiers ou du polystyrène de mauvaise qualité ou des matériaux électroniques y sont envoyés. Même dans le cas où des lois et règlements encadrent l’importation de déchets, certaines entreprises tentent d’exporter des matériaux qui ne remplissent pas les conditions requises. C’est le cas, par exemple, des conteneurs canadiens ayant passé plusieurs années à Manille. Ces conteneurs devaient transporter des plastiques recyclables, alors qu’ils contenaient plutôt des ordures ménagères. Ne voulant pas devenir le dépotoir des pays industrialisés, de nombreux pays refusent donc d’accepter des déchets provenant d’autres pays.

Justice, environnement et utilité

Les valeurs en jeu dans l’importation de déchets sont nombreuses. Les États devraient veiller à ce que leurs échanges favorisent la justice sociale, la protection de l’environnement et la création de richesse (ou de valeur). Dans le cas du modèle suédois, ces différentes valeurs semblent prises en compte : les échanges ne se font pas au détriment de l’égalité, de la santé ou du bien-être d’une population, sont respectueux de l’environnement (à l’exception des émissions de gaz à effet de serre produites par la combustion de déchets) et profitent économiquement aux différents pays impliqués. La situation est très différente dans des pays comme la Chine, la Malaisie ou les Philippines. L’industrie des déchets se fait au détriment de certaines populations plus vulnérables, n’est pas respectueuse de l’environnement et les pays importateurs ne profitent pas suffisamment de cet échange.

De nouvelles solutions technologiques

Afin de surmonter ces difficultés, les pays comme le Canada devront mener une réflexion de fond sur la place des déchets dans leur économie. Par exemple, est-il acceptable de dépendre de certains pays pour la prise en charge de certains déchets ? Devrait-on continuer de vendre des produits en sol canadien si l’on sait qu’ils contiennent des matériaux actuellement impossibles à recycler ? Le développement de certains produits devrait-il obligatoirement s’accompagner du développement de protocoles et de technologies pour recycler ces produits ?

Déjà, certaines entreprises choisissent de développer des solutions pour le recyclage de leurs produits. Apple, par exemple, a développé des robots spécialement conçus pour recycler certains de ses appareils électroniques. Ce programme pourrait permettre de recycler des millions de téléphones portables chaque année. Non seulement ce genre d’innovations permet de réduire la pression sur les sites d’enfouissement et les entreprises de recyclage, mais elles permettent aussi aux entreprises technologiques de réduire leurs coûts. Par exemple, le programme de recyclage d’Apple lui permet de récupérer certains métaux rares et coûteux (comme le cobalt) directement dans ses anciens appareils.