ÉTHIQUE HEBDO du 23 février – Le sport, c’est la santé?

 

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Les Jeux Olympiques de Pyeongchang resteront célèbres pour différentes raisons : le réchauffement des relations entre les deux Corées, les vents violents forçant le report de certaines épreuves de ski, mais surtout, pour la valse-hésitation avec la Russie, exclue par le Comité International Olympique (CIO) pour le scandale de dopage institutionnalisé, et la réintégration par le Tribunal arbitral du sport (TAS) de plusieurs « athlètes olympiques de Russie », moyennant certaines conditions. Des athlètes russes triés sur le volet pour leur probité et leur « propreté » sont autorisés à concourir sous la bannière olympique. La levée des sanctions contre la Russie doit être décidée le 24 février, lui permettant alors peut-être de faire défiler ses athlètes sous les couleurs du drapeau Russe.

Le cas de la Russie est remarquable parce que le système aurait été cautionné par l’État. L’organisation, bien rodée, culmine à Sotchi où des athlètes russes auraient été protégés des contrôles antidopage, ou leurs échantillons d’urine auraient été remplacés par des échantillons propres dans les zones mêmes de contrôle.

 

Vers le transhumanisme?

Les histoires de dopage dans le sport ne sont pas nouvelles et, force est de constater qu’elles ne sont pas près de disparaître. Malgré les scandales répétés et la disgrâce subie par les athlètes trouvés coupables, les stratagèmes et techniques pour tromper ne cessent de se multiplier et de se raffiner. Et si la science le permet, les méthodes seront bientôt indétectables. En effet, les méthodes de modifications génétiques présentement en développement pour corriger ou remplacer des gènes défectueux pourraient être utilisées pour améliorer la performance des athlètes au-delà des applications strictement thérapeutiques. Ces techniques pourraient donc permettre, par exemple, à un athlète déjà très performant de pousser encore plus loin ses capacités, en augmentant les limitations propres à sa génétique, qu’il s’agisse de son développement musculaire, ses capacités respiratoires, son délai de récupération, etc.

Encore au stade expérimental, ces techniques en ingénierie génétique sont extrêmement risquées pour la santé des personnes. Dans le domaine sportif, la technique fonctionne généralement par l’injection de gènes directement dans les muscles. Ces gènes, transportés par des virus, vont produire des protéines aux capacités régénératrices ou amélioratrices décuplées. Cependant, chaque  élément de la thérapie génique entraîne son lot d’incertitudes quant aux réactions possibles du corps qui la reçoit. Les gènes, le virus transporteur ou les protéines sécrétées peuvent entraîner une réaction du système immunitaire et un rejet brutal qui peut aller jusqu’à entraîner la mort du sujet.

Au-delà même des considérations de santé, pourtant extrêmement importantes, les thérapies géniques utilisées dans le sport ou, plus généralement, pour modifier des gènes ne présentant pas de défaillance, soulèvent une foultitude de préoccupations d’ordre éthique puisqu’elles impliquent une modification des personnes humaines; donc une ouverture vers le transhumanisme. Ces modifications de l’humain par l’utilisation de techniques scientifiques soulèvent des questions d’éthique fondamentale telles que : Qu’est-ce qui fait de l’humain un humain? Jusqu’où peut-on le modifier tout en lui conservant cette qualité d’humain?

 Sur ces questions, de nombreux auteurs ont écrit. Quelques titres pour pousser la réflexion :

 

Qu’en est-il de l’esprit sportif?

La compétition sportive implique que des personnes entraînées se mesurent l’une à l’autre pour déterminer laquelle se mérite le titre de champion. Basée sur des principes d’égalité des chances et d’équité, la compétition devrait pouvoir mesurer la force, le dépassement, la rigueur d’entraînement, bref, la qualité sportive de l’athlète. Le recours à des stratagèmes de tricherie vient non seulement entacher la gloire rattachée au titre de champion, mais il bafoue également le principe d’honneur. Lorsque la triche est endémique, sur quelle base peut-on alors déterminer un gagnant? Et n’est-ce pas alors toute la gloire associée à la victoire qui perd de son lustre?

Pour un récit de l’intérieur, le fondeur et cycliste Pierre Harvey raconte son expérience olympique :

Ou alors, s’il s’agit d’un processus indétectable et de là, difficile voire impossible à contrer et encadrer, pourquoi ne pas permettre le dopage pour que tous puissent concourir à armes égales? Si l’interdiction ne fonctionne pas et que le sport est de toute façon de plus en plus scientifique et technologique (vêtements, souliers, méthodes d’entrainement), et que les inégalités qui ne relèvent pas de la biologie des athlètes ou de leurs efforts sont déjà acceptées (ressources pour les meilleurs entraineurs, les meilleures infrastructures, etc.), alors pourquoi ne pas rendre légal l’utilisation de substances ou la modification génétique à des fins d’amélioration des performances? On peut répondre à cela que ces technologies ne seront accessibles qu’aux pays les plus riches et que cela accroitra significativement les inégalités existantes. De plus, cette approche ne réglera pas les problèmes de sécurité pour la santé.

Peut-être pourrait-on créer un événement distinct, des jeux Trans-Olympiques. On pourrait y célébrer les progrès des sciences en ce domaine qui sont, aussi, un exploit du génie humain. La combinaison entre la biologie innée, les efforts et la science deviendrait alors l’objet de notre admiration.