ÉTHIQUE HEBDO du 8 décembre 2017 – Ho! Ho! Holà sur les cadeaux

Pendant que nous participons tous à la course effrénée qui nous permettra de dénicher l’objet qui comblera nos proches, un homme de Montréal déposait une demande de recours collectif contre le géant Apple, pour obsolescence programmée.

http://www.lapresse.ca/techno/mobilite/201712/05/01-5145917-obsolescence-programmee-un-montrealais-depose-une-demande-de-recours-collectif-contre-apple.php

M. Simon Saint-Onge considère que la fonctionnalité et la qualité d’utilisation de son IPhone5 ont été altérées par l’installation du plus récent système d’exploitation, le rendant inefficace. Il estime qu’il s’agit d’une démarche volontaire et abusive de la part d’Apple pour forcer les consommateurs à se départir de l’appareil devenu irritant et à se procurer un appareil plus récent.

La désuétude rapide des objets existe pour la majorité des biens de consommation. Qu’il s’agisse de vêtements, de chaussures ou d’articles de sport, elle est surtout remarquée et identifiée comme une forme d’obsolescence programmée pour les électroménagers et les produits électroniques. À titre d’exemples, on peut penser aux situations suivantes :

  • le produit se dégrade ou se brise jusqu’à en devenir inutilisable, n’est pas réparable ou le coût de réparation est presque équivalent au coût de remplacement;
  • le prix d’achat d’un produit est très bas, mais les pièces de rechange pour le faire fonctionner adéquatement sont onéreuses et doivent être souvent remplacées (pensons par exemple aux imprimantes et leurs cartouches d’encre);
  • les logiciels d’exploitation ne sont plus mis à niveau ou les versions deviennent désuètes et ne permettent plus de faire fonctionner des applications pour lesquelles les mises à jour sont disponibles;
  • la dernière version d’un produit impose des modifications des composantes périphériques, lesquelles entraînent une cascade d’achats (ex. : le changement de la prise de recharge pour l’IPhone5 rendait obsolètes tous les appareils conçus en fonction de cette prise, comme les consoles de musique ou réveils matin);
  • les « générations » d’un même produit se succèdent rapidement, offrant des fonctionnalités améliorées ce qui rend les versions précédentes moins attrayantes bien qu’encore complètement fonctionnelles.

Cette tendance n’est pas près de disparaître. Le commerce en ligne, avec Amazon comme tête d’affiche, sert de caisse de résonnance au phénomène. La disponibilité des produits sur son site, la visibilité qu’il permet, et les commentaires des consommateurs qui y sont recensés forcent les fabricants à proposer des produits aux meilleurs prix pour être compétitifs. Les deux principales options s’offrant aux fabricants pour conserver leur marge de profit sont de faire fabriquer les pièces en Chine au détriment des usines de fabrication au pays, et de n’offrir leurs produits que sur le site d’Amazon, coupant tous liens avec les détaillants locaux.

https://www.nytimes.com/2017/12/06/technology/cheap-consumer-devices-amazon.html

Ces pratiques sont certes avantageuses pour les consommateurs puisque la qualité des produits offerts est évaluée directement sur le site et que la comparaison entre les marques offrant un produit semblable est facile à faire, permettant un choix rapide et efficient, en plus de « garantir » un prix coupé. Tout ceci influence directement nos habitudes de consommation et incite à la surconsommation, ce qui entraîne entre autres de sérieux problèmes de gestion des déchets électroniques.

L’ONU estime qu’en 2018, la quantité de déchets électroniques atteindra 49,8 millions de tonnes. De cette montagne, seule une petite partie est récupérée adéquatement ou réusinée et revendue sur les marchés locaux. La grande majorité est envoyée à la décharge où elle est enfouie, ou encore, exportée vers des pays en voie de développement où les métaux précieux issus des composantes électroniques sont retirés et les restes, brûlés à ciel ouvert, avec des conséquences dramatiques pour la santé des populations vulnérables. Bien qu’interdite par la Convention de Bâle depuis 1989, la pratique de l’exportation vers les pays en voie de développement a encore largement cours, soulevant de nombreux enjeux d’équité, de santé et de justice distributive. Le fléau environnemental associé aux déchets électroniques nécessite une réflexion sur la responsabilité collective vers le développement durable. C’est dans cette optique que l’ONU publiait cette semaine un rapport faisant état des efforts faits par divers pays membres et encourageant les autres à mettre en place des structures d’interventions.

https://www.unenvironment.org/news-and-stories/story/united-nations-tackles-electronic-waste

Le Japon annonçait d’ailleurs récemment une initiative originale pour la réutilisation des métaux précieux issus des déchets électroniques : les médailles remises aux Jeux olympiques d’été de Tokyo en 2020 seront toutes fabriquées à partir de ces déchets récupérés.

https://www.forbes.com/sites/lamsharon/2017/11/23/global-e-waste-to-hit-49-8m-tons-by-2018-heres-what-japan-is-doing-to-combat-it/#20e1603435ca

Mais individuellement, comment faire sa part? L’option la plus efficace est évidemment d’éviter la surenchère à la consommation. Parce que même lorsqu’on recycle, il faut considérer que les ressources ont été puisées, de l’énergie a été utilisée pour la fabrication et de l’énergie supplémentaire sera requise pour recycler. Il est donc préférable d’agir en consommateur avisé, par exemple en prenant conscience du cycle de vie des objets convoités, en misant sur la durabilité, en conservant plus longtemps ses objets, en achetant usagé, en faisant réparer les objets plutôt que de racheter en neuf ou encore, en étant plus exigeants envers la qualité des produits offerts par les fabricants. Cependant, ces attitudes responsables impliquent souvent de payer plus cher au départ, ce qui soulève des iniquités puisque tous n’ont pas les moyens financiers d’être des consommateurs responsables.

Sur ces réflexions, chers consommateurs éthiques, nous vous informons que votre bulletin préféré fait relâche jusqu’en janvier.

La Commission de l’éthique en science et en technologie vous souhaite un joyeux temps des fêtes … responsable!