Quelques exemples d'enjeux éthiques soulevés par la technoscience

Malgré les nombreuses retombées positives du progrès technoscientifique, plusieurs applications soulèvent des enjeux éthiques :

La procréation assistée

Lors de la fécondation in vitro, il est possible d’identifier les caractéristiques des embryons, comme les maladies génétiques dont ils sont porteurs. On peut ensuite sélectionner celui qui sera implanté dans l'utérus de la mère. Pour certains, cette technologie est formidable : grâce à elle, on évitera à l'enfant d'être porteur d’une maladie génétique. En revanche, d'autres y voient une forme d'eugénisme : il s'agit de décider qui est digne de vivre et qui ne l'est pas. Est-ce à dire que les gens porteurs de cette maladie n'auraient pas dû vivre? Cette technologie met en jeu des valeurs et principes : le caractère sacré de la vie, l'égalité, le respect de la personne, la santé humaine, l'autonomie parentale, etc.

Consulter l'avis de la Commission sur la procréation assistée (2009) ou le mémoire déposé lors des consultations tenues en 2013 par le Commissaire à la santé et au bien-être (CSBE) sur les activités de procréation assistée au Québec.

Les usages non conventionnels des médicaments

Les bêtabloquants sont utilisés dans le traitement des problèmes cardiaques pour contrôler la tension artérielle. Or, des musiciens d'orchestre symphonique en consomment avant les représentations pour contrer les effets du trac. D'autres médicaments, comme les psychotropes, sont aussi utilisés à des fins non conventionnelles : pour optimiser la performance au travail ou dans les sports; améliorer les capacités mentales; augmenter la résistance à la fatigue; « rester jeune »; gérer des situations personnelles difficiles.

Ces usages ont des conséquences positives, mais ils posent aussi des questions importantes. Par exemple, cette banalisation de l'usage des médicaments contribue à accroître la pression sociale vers la quête de la performance à tout prix. Jusqu'à quel point est-il acceptable de recourir aux médicaments sans être malade pour répondre aux attentes sociales, et ce, au risque de mettre sa santé en péril? Cette pratique met en jeu plusieurs valeurs : l'authenticité, la réalisation de soi, le respect de la personne, la liberté de choix, la santé humaine, etc.

Consulter l'avis de la Commission sur les usages élargis des médicaments psychotropes (2009).

La géoingénierie

La géoingénierie porte sur la manipulation du climat terrestre dans le but de contrer les effets du réchauffement climatique. Par exemple, envoyer des milliards de petits écrans dans l'espace à plus d'un million de kilomètres permettrait, selon certains, de dévier une partie du rayonnement solaire, comme un parasol. Ou encore, projeter des masses de particules de dioxyde de soufre en suspension dans l'atmosphère diminuerait possiblement le rayonnement solaire à la surface de la Terre, ce qui aiderait à la refroidir. Toutefois, la recherche n'est pas assez avancée pour savoir quels sont les effets réels de ces stratégies.

La géoingénierie soulève des questions éthiques : par exemple, on peut se demander qui aurait la légitimité d'intervenir sur le climat à l'échelle terrestre. Cette question est d'autant plus difficile que les modifications climatiques n'affectent pas toutes les régions de la planète de la même manière. De plus, malgré l'incertitude qui l'entoure, la géoingénierie risque de déresponsabiliser les collectivités sous prétexte qu'il existerait des solutions au réchauffement climatique. Différentes valeurs entrent en jeu : la légitimité démocratique, l'équité, l'acceptabilité sociale, la responsabilité sociale, la protection de l'environnement, la solidarité envers les générations futures, etc.

Ces exemples montrent que le progrès technoscientifique, même s'il apporte de nombreux bienfaits, a aussi des conséquences négatives d'un genre nouveau qui sont susceptibles de menacer différentes valeurs. C'est pourquoi le développement de la science et de la technique appelle une nouvelle manière de faire de l'éthique.