Crise des valeurs et pluralisme des valeurs

La religion catholique faisait autrefois office d'autorité en matière de morale au Québec. Ses préceptes fondaient la conception de la morale de la majorité des Québécois. Elle servait de ciment social et fournissait un ensemble de valeurs communes partagées.

Avec l'effritement de l'emprise de la religion dans les années 60, notre société, comme beaucoup de sociétés occidentales, a en quelque sorte perdu ses repères moraux. La Révolution tranquille a permis l'émergence de nouveaux mouvements sociaux et politiques qui ont conduit à poser un regard critique à la fois sur les legs de la religion catholique et sur les idéaux mis de l'avant par les courants de pensée naissants.

À la cohésion morale permise par le partage d'une religion a donc succédé une pluralité des styles de vie et des idéaux où, pour ainsi dire, aucune valeur ni aucun principe n’est plus « sacré » ou « intouchable ». Les idées changent rapidement et tout semble pouvoir être remis en question : en ce sens, certains parlent de crise des valeurs pour décrire la condition morale de la société.

Cette expression évoque deux problèmes distincts :

  • Pour l'individu, l'expression « crise des valeurs » traduit une dimension importante de la vie d'aujourd'hui liée à la perte des repères et du sens. Les repères moraux sont essentiels à l'agir humain, et dans la société contemporaine où l'agir précède souvent la réflexion, on a parfois l'impression que les actions perdent leur sens et ne servent pas les bonnes fins. La crise des valeurs appelle donc chacun à se questionner sur les valeurs et principes qui doivent le guider.
  • Pour la société, l'idée de crise renvoie à la rupture d'un équilibre précieux. Le consensus social sur la morale est rompu : une diversité de valeurs sont librement véhiculées. Face à ce nouvel état de choses, le retour à une idéologie (religieuse ou autre) n'est pas nécessairement souhaitable. Le pluralisme des valeurs semble aujourd'hui inévitable. Toutefois, il nous force à repenser le vivre ensemble.

En effet, comment résoudre les conflits qui opposent les individus qui partagent des valeurs différentes, voire opposées? Lorsqu'on doit prendre une décision collective, comment choisir les valeurs qui fonderont cette décision? S'agit-il d'imposer à la minorité les valeurs de la majorité sans que celles-ci soient nécessairement « meilleures » ou « plus légitimes » au point de vue moral? Dans ce cas, la réflexion éthique n'est-elle pas vouée à l'impasse?

Pour éviter une telle impasse, on doit trouver un moyen de permettre à chacun, dans la mesure du possible, de vivre selon les idéaux qui sont les siens, tout en préservant l'idée que certaines valeurs ou certains principes devraient être respectés par tous. C'est ce à quoi se sont appliqués bon nombre de penseurs, qui ont tenté de trouver un fondement philosophique à la primauté de certaines valeurs ou encore à certaines manières de prendre des décisions en matière de morale.

Par ailleurs, si on ne peut pas parler de consensus social sur la morale, il ne faudrait pas croire qu'aucune valeur ou aucun principe ne soit largement admis comme fondamental dans notre société. Les chartes québécoise et canadienne des droits et libertés de la personne sont de bons exemples : les valeurs et principes qui y sont enchâssés font office de base commune lors de la réflexion éthique, parce que la plupart d'entre nous les estime fondamentaux. Bien sûr, cela ne règle pas toutes les difficultés, puisque deux valeurs posées comme fondamentales peuvent aussi entrer en conflit.

L'éthique fait donc face à un défi de taille qui demande une réflexion à la fois individuelle et collective.

Pour en savoir plus sur la crise des valeurs et le pluralisme des valeurs.