La délibération éthique

L’éthique est une réflexion argumentée en vue du bien-agir. Elle propose ainsi une démarche réflexive, critique et rationnelle (fondée sur les arguments) dans le but que soit posée une action éthiquement acceptable dans des situations où différentes valeurs ou différents principes sont en conflit, lorsqu’il est difficile ou impossible de satisfaire tout le monde.

La délibération éthique est une manière de structurer notre réflexion par rapport à un problème éthique. Elle repose sur une approche collaborative, où des participants recherchent ensemble une solution au problème. Elle vise l’atteinte du consensus, c’est-à-dire une position avec laquelle chacun est suffisamment à l’aise, même si elle peut encore contenir des éléments mineurs de désaccord.

Les participants cherchent d'abord à s’entendre sur une même compréhension des faits pertinents ainsi que des valeurs et des principes en jeu dans la situation problématique. Ils cherchent ensuite à s’entendre sur les critères qui leur permettront de favoriser une valeur plutôt qu’une autre lorsqu’il y a conflit entre ces valeurs. Enfin, ils cherchent à formuler des recommandations qui pourront orienter l’action des personnes concernéespar cette situation.

 

analyse des faits, analyse des valeurs, hiérarchisation des valeurs, justification de la décision et action.

 

La délibération éthique n’est pas qu’une procédure d’analyse et de prise de décision. Elle est une démarche éthique proprement dite, en ce qu’elle s’inscrit elle-même dans un ensemble de valeurs que les participants doivent adopter et mettre en œuvre. De plus, elle requiert certaines compétences spécifiques (connaissances, habiletés et attitudes). Cela peut se traduire par des règles concrètes de toute discussion à prétention éthique :

  1. Le refus de l’intimidation en tant que façon d’écarter la participation de l’autre. Elle peut prendre des formes plus ou moins subtiles, telles que le jeu d’autorité d’un leader de la discussion ou l’utilisation d’un jargon technique;
  2. Le refus de la manipulation par la séduction;
  3. Le refus du mensonge, même dans ses formes subtiles, comme l’exagération d’un élément, la non-divulgation de certaines informations;
  4. L’écoute et l’ouverture d’esprit, qui exigent une prise en considération des arguments de l’autre;
  5. Le droit de s’exprimer, de dire son opinion. Il faut encourager les plus timides et les moins articulés à exprimer leur opinion;
  6. La considération de tous les facteurs, avec l’aide éventuelle d’une grille d’analyse de cas visant à l’exhaustivité dans l’identification des données pertinentes à une discussion de cas;
  7. L'interpellation des exclus, « c’est-à-dire le fait de s’interroger sur le point de vue de ceux qui ne sont pas présents à la discussion »;
  8. La mise en relief des divergences et la nécéssité de prendre le temps d’analyser la nature et les causes des désaccords;
  9. L'aide apprtée au groupe en vue de faire progresser. L’animateur travaille alors à dégager les convergences et les divergences, les conflits de valeurs en jeu, les dilemmes éventuels, « et à ramasser les éléments susceptibles de faire consensus et d’entrer dans la rédaction d’un éventuel avis ».

(Les neuf règles sont tirées de : Durand, G. (1999). Introduction générale à la bioéthique. Histoire, concepts et outils, Fides, p. 429-431, tel que cité dans Massé, R. en coll. avec J. Saint-Arnaud (2003). Éthique et santé publique. Enjeux, valeurs et normativité, Presses de l’Université Laval, p. 178-179.)