Pourquoi la société a-t-elle besoin d'éthique?

Comme les individus, les sociétés font face à des problèmes moraux ou éthiques. Ce sont d'ailleurs les questions de société qui intéressent la Commission et sur lesquels elle a le mandat d'intervenir.

Un premier exemple: le cas de l'aide médicale à mourir

Martine souffre d'un cancer des os en phase terminale et ses souffrances sont si importantes qu'elles ne peuvent plus être soulagées par les médicaments. Jusqu'à récemment, si elle demandait à son médecin de mettre fin à ses jours en lui injectant une substance létale, la loi canadienne aurait interdit à celui-ci d'accéder à sa demande, sous peine d'être accusé de meurtre.

En effet, notre société a longtemps rejeté ce geste, assimilé à un meurtre, et l'a interdit en l'inscrivant au Code criminel. Or, cette position a fait l'objet d’un débat de société important. Le gouvernement du Québec a adopté la Loi sur les soins de fin de vie, qui est entrée en vigueur le 10 décembre 2015. Cette loi encadre un nouvel acte médical - l'aide médicale à mourir -  par lequel un médecin peut administrer une substance létale à un patient, dans certaines circonstances strictement définies. L'interdiction d'aider une personne à se donner la mort demeurait néanmoins inscrite au Code criminel jusqu'à ce que la Cour suprême du Canada invalide en février 2015 l'article 241b) du Code criminel, dans certaines circonstances strictement définies. En réponse à ce jugement, le gouvernement fédéral a adopté sa propre loi sur l'aide médicale à mourir, qui est entrée en vigueur le 17 juin 2016.

Derrière ces interventions juridiques et légales se cache un dilemme éthique. Certains trouvent moralement inacceptable d'interdire à une personne mourante de choisir quand et comment elle va terminer sa vie. Selon eux, il était éthiquement acceptable, voire nécessaire, d'autoriser l'aide médicale à mourir et le suicide assisté en vertu de la valeur d'autodétermination de la personne. En revanche, d'autres ont voulu maintenir la loi telle qu'elle est, parce que selon eux la vie est sacrée; il serait donc moralement inacceptable de permettre quelque forme d'aide à mourir que ce soit.

Le débat autour du suicide assisté est complexe et fait intervenir plusieurs autres arguments et valeurs. Cette question soulève des enjeux éthiques et elle a donc généré un dilemme pour la société : doit-elle permettre l'aide médicale à mourir et le suicide assisté dans certaines circonstances? Quelles sont ces circonstances? La réflexion éthique est ici nécessaire pour guider l'action collective.

Les enjeux éthiques touchant la vie et la mort ne sont pas les seuls que la société rencontre. Des enjeux surgissent dans différents domaines, comme l'environnement. C'est le cas, par exemple, du débat sur l’exploration, l'exploitation et le transport des hydrocarbures au Québec.

Un second exemple : le cas des hydrocarbures (pétrole et gaz naturel)

Ces dernières années, plusieurs projets d'exploration, d'exploitation ou de transport des hydrocarbures ont suscité des réactions au Québec. Pensons à l'exploration du potentiel pétrolier à l'île d'Anticosti ou à l'exploitation des gaz de schiste par la méthode de la fracturation hydraulique. Pensons aussi aux différents projets d'oléoduc, comme le controversé projet Energie Est, ou de port pétrolier, comme le projet de Cacouna.

Les citoyens sont divisés quant à l'attitude à adopter face aux hydrocarbures. Ils oscillent entre l'enthousiasme, la résignation et l'opposition franche.

Notamment, des citoyens ont dénoncé les risques pour l'environnement et la sécurité, avec les possibles déversements qui pourraient affecter l'approvisionnement en eau potable et l'impact de ces projets sur les émissions de gaz à effet de serre (GES). Ces gaz sont les principales causes des changements climatiques. La protection de l'environnement et la sécurité sont pour eux des valeurs qui devraient avoir préséance lors de la prise de décision collective. Ils s'opposent donc aux projets en question.

D'autres estiment toutefois que ces menaces sont faibles comparativement aux retombées économiques anticipées pour la population québécoise. Pour eux, la prospérité économique est la valeur à favoriser, ce qui devrait nous conduire à aller de l'avant avec cette entreprise.

Enfin, certains jugent que nous devrions tendre vers une économie sans hydrocarbure et plus écologique, mais que nous n'avons pas encore les moyens de nous passer de pétrole. Pour l'instant, exploiter et transporter le pétrole et le gaz, de manière à générer des revenus pour faire la transition vers les énergies alternatives, est donc un mal nécessaire, un compromis entre les valeurs de prospérité et de protection de l'environnement.

Évidemment, le débat ne se réduit pas à la simple opposition entre environnement et économie. Bien au contraire : il fait intervenir plusieurs autres valeurs et considérations pratiques. Pour résoudre les dilemmes éthiques posés par les hydrocarbures et les changements climatiques, il faudra d'abord s’appliquer à mieux comprendre les options qui s'offrent à nous et les conséquences précises de chacune de ces options.

Comment s'entendre entre citoyens sur la bonne manière de répondre à ces dilemmes? >>