Médicaments psychotropes

Les médicaments psychotropes, tels les antidépresseurs et les stimulants, affectent le système nerveux central. Les espoirs suscités par les nouvelles générations de médicaments psychotropes sont immenses, notamment pour le maintien de la mémoire et des fonctions cognitives ainsi que pour une meilleure concentration et une stabilité émotive. L'engouement pour ces avantages se constate aussi dans l'intérêt marqué pour les produits en vente libre et qui produisent les mêmes effets.

On constate également depuis quelques années une hausse continue des diagnostics et des ordonnances concernant des troubles de santé mentale, dont la dépression et les troubles d'attention. Pourtant, les connaissances sur le cerveau, sur le mode de fonctionnement des médicaments et leurs effets secondaires à long terme sur le système nerveux central demeurent limitées à ce jour. Les facteurs de cette augmentation peuvent être multiples et non exclusifs : une diminution des tabous entourant la santé mentale; de meilleurs outils pour établir les diagnostics; une accessibilité aux médicaments accrue permise par le régime général d'assurance médicaments; une conception idéalisée de la performance ou de la normalité; un usage qui s'éloigne de la thérapie proprement dite pour tendre vers l'amélioration de fonctions cognitives d'une personne qui ne souffre pas de problèmes mentaux.

Dans ces derniers cas, la problématique concerne moins l'abus de médicaments que l'utilisation qui en est faite. Pour désigner ces usages, plusieurs expressions existent et la Commission a retenu l'expression « usage élargi » entendu comme un usage en dehors des pratiques établies et combinant les dimensions médicale et sociale.

L'avis de la Commission de l'éthique en science et en technologie contient quatre chapitres. L'état des lieux permet de dresser un portrait du contexte social, sociopolitique et juridique dans lequel le médicament prend place et de décrire les particularités des médicaments psychotropes ainsi que les incertitudes scientifiques liées au système nerveux central et aux psychotropes. Par la suite, l'avis analyse deux catégories d'usages élargis, ceux de type « Médical » et ceux relevant plutôt du « Mode de vie ». Il propose ensuite des valeurs et des enjeux éthiques que les usages élargis mettent en jeu, notamment la protection des personnes, la liberté, la responsabilité, l'équité, l'accessibilité et la disponibilité de l'information et la qualité de cette information. Lors de sa réflexion, la Commission a particulièrement retenu quatre valeurs : la protection de la santé et de la sécurité des personnes, l'autonomie et l'affirmation de la liberté individuelle, l'équité et les représentations de l'être humain.

La Commission a formulé onze recommandations et fait deux mises en garde à la suite de l'évaluation éthique qu'elle a fait des usages élargis des médicaments psychotropes.