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L’éthique animale : l’enjeu du statut moral des animaux et de la responsabilité humaine

On observe depuis quelques années une préoccupation sociale plus grande pour le traitement réservé aux animaux. Il suffit de penser au nombre grandissant d’individus optant pour une alimentation végétarienne ou végétalienne ou bien aux mouvements militants aux revendications multiples, allant de l’amélioration du bien-être des animaux d’élevage (welfarisme) à l’abolition complète de toute forme d’élevage (abolitionnisme). 

16 septembre 2021

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On observe depuis quelques années une préoccupation sociale plus grande pour le traitement réservé aux animaux. Il suffit de penser au nombre grandissant d’individus optant pour une alimentation végétarienne ou végétalienne ou bien aux mouvements militants aux revendications multiples, allant de l’amélioration du bien-être des animaux d’élevage (welfarisme) à l’abolition complète de toute forme d’élevage (abolitionnisme). La recherche en éthique animale a généré une grande quantité d’écrits scientifiques. Elle a aussi pu alimenter de multiples initiatives visant à sensibiliser le grand public à la cause animale. Nous proposons ici un bref survol de certains enjeux de l’éthique animale.

La souffrance et la conscience

L’éthique animale correspond à l’ensemble des théories et des réflexions par rapport au statut moral des espèces animales non humaines et aux devoirs des êtres humains envers celles-ci. On tient généralement pour acquis que la plupart des animaux peuvent ressentir de la souffrance, mais ce ne fut pas toujours le cas. René Descartes affirmait que les animaux, étant dénués d’âmes, n’étaient que des assemblages mécaniques imitant les expressions des émotions humaines. Aujourd’hui, la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal, adoptée par l’Assemblée nationale du Québec en 2015, affirme en préambule que « l’animal est doué de sensibilité ». Le terme sensibilité, ici, fait référence à la capacité de ressentir des états affectifs, dont la souffrance, mais aussi le plaisir. Pour les tenants de l’approche utilitariste, selon lesquels la bonne action est celle qui maximise le bien-être et réduit le plus possible les souffrances, il suffirait d’étendre nos considérations de bien-être aux animaux. La souffrance d’un animal ne serait donc justifiée que si elle s’avérait nécessaire pour la production d’un plaisir plus grand chez le plus grand nombre d’êtres sensibles, humains ou non humains.

Mais que « vaut » la souffrance générée par la patte cassée d’une vache, par exemple par rapport à une souffrance similaire chez l’humain? Le débat qui entoure cette question se base sur le concept de conscience. Pour qu’une émotion ait une valeur morale, soutient Timothy Hsiao, encore faut-il que l’entité qui la ressente puisse être consciente de sa présence et de son influence. Plusieurs chercheurs et chercheuses en neurosciences tentent depuis quelque temps de mieux comprendre la cognition et la conscience animale. En 2017, une importante analyse de 659 études scientifiques portant sur la conscience animale a été réalisée par une équipe interdisciplinaire de chercheurs. Selon cette étude, les animaux ont des structures neurologiques les rendant capables de formes de conscience limitée ou complexe. Toutefois, l’étude ne permet pas de déterminer si la capacité de conscience chez les animaux étudiés recouvre l’ensemble des compétences liées à la conscience humaine. Il est à noter que la conscience humaine est une question éminemment complexe qui réserve encore plusieurs mystères : il n’existe pas un consensus scientifique sur ce en quoi consiste la conscience, son contenu, ses principaux niveaux ou les processus et les structures biologiques qui sont à son origine.

L’approche du welfarisme

Plusieurs approches visent à appliquer ces considérations morales dans les sociétés humaines. Leur objectif est de protéger l’intérêt des animaux avec lesquels nous interagissons, comme les animaux de compagnie, d’élevage, et de recherche scientifique et médicale. Le welfarisme, ou l’approche du bien-être, propose de fixer des conditions de vie minimales pour les animaux, que leurs propriétaires doivent s’assurer de maintenir. Par exemple, les porcs doivent avoir accès à de l’eau potable pour se désaltérer dans les fermes d’élevage. La déshydratation d’un porc vivant est donc considérée comme inacceptable et les personnes responsables ont le devoir d’empêcher celle-ci de se produire. Les tenants de l’approche du bien-être proposent également de mettre en place des normes pour limiter les souffrances permissibles. Au Canada, les animaux destinés à l’alimentation humaine doivent être étourdis de manière à perdre connaissance avant d’être saignés, le but étant de diminuer leur détresse pendant le processus.

Éthique animale et éthique de la recherche

L’approche du bien-être est également employée dans le domaine de la recherche. Au Canada, les centres de recherche employant des animaux et souhaitant recevoir des subventions fédérales doivent suivre les lignes directrices définies par le Conseil canadien de protection des animaux. Celles-ci se basent sur le principe des « trois R » :

  1. Remplacer : si possible, les expériences faites sur les animaux doivent remplacer ces derniers par d’autres sources de connaissances scientifiques, comme des modèles ou les études précédentes.
  2. Réduire : le nombre d’animaux utilisés dans une expérience doit être abaissé au minimum requis pour la bonne conduite de l’étude. Pour cette raison, les chercheurs et chercheuses forcées d’employer des animaux doivent également collecter un maximum de données au cours de leurs expériences afin qu’elles n’aient pas à être reproduites à l’avenir, les études suivantes se basant sur leurs résultats plutôt que de répéter le protocole sur de nouveaux animaux.
  3. Raffiner : les manipulations des animaux doivent être raffinées, c’est-à-dire qu’elles doivent causer le moins de souffrances possible.

L’approche des trois R est cohérente avec l’approche du bien-être : plutôt que de révolutionner le rapport à l’animal, on opte pour une solution qui va dans le sens de l’amélioration de la condition animale.

L’approche du droit des animaux

L’approche du bien-être a ses détracteurs, qui soutiennent que les standards de bien-être accordés aux animaux sont déterminés en fonction des intérêts économiques des exploitants plutôt que des préoccupations éthiques. Il lui est aussi reproché de ne pas considérer l’intérêt à vivre de l’animal. En raison de cet intérêt à vivre, ce qui réduit l’espérance de vie d’un animal lui entraine un préjudice et est « injuste ». Afin de résoudre ces problèmes, l’approche du droit des animaux (aussi appelée abolitionniste) préconise la création du statut de personne animale non humaine, qui serait protégée de l’exploitation et dont les droits fondamentaux seraient définis et inviolables. Un animal doté du droit à la sécurité, par exemple, ne pourrait pas être tué pour des raisons économiques ou scientifiques. Dépendamment des droits accordés aux animaux, la recherche sur les animaux ou l’élevage pourraient donc se trouver en violation de ces droits. Les tenants de cette approche sont souvent accusés d’anthropomorphiser à outrance les états psychiques des animaux sans appuyer leurs propos par des faits scientifiques. Cette approche considérerait à tort les animaux comme des êtres humains et envisagerait leur expérience à partir de leur expérience humaine.

Éthique animale et éthique environnementale

Enfin, il convient de souligner que l’éthique animale se distingue souvent de l’éthique environnementale. Cette distinction pose de nombreux défis et peut souvent générer des conflits de valeurs. Par exemple, il suffit de penser au cas fort médiatisé de la surpopulation de cerfs de Virginie au parc Michel-Chartrand de Longueuil : bien que l’on ne souhaite pas causer des souffrances inutiles chez les cervidés, la préservation du boisé et le maintien de ses cycles naturels a initialement convaincu la municipalité d’abattre une quinzaine de cerfs qui empêchaient la végétation de se régénérer. Sous la pression d’un mouvement contestataire, la mairie a finalement opté pour une solution qui concilierait les deux positions, soit d’endormir les cerfs pour les déplacer à l’extérieur du parc.

De plus, l’élevage des animaux génère des conséquences environnementales et humaines fortement négatives, qu’il s’agisse de fortes émissions de gaz à effet de serre, de la dégradation de la qualité de l’eau, de la perturbation des écosystèmes et de l’augmentation de la résistance aux antibiotiques. En ce sens, il ne fait ainsi aucun doute qu’un défi majeur des prochaines années sera de trouver des moyens afin de faire converger les impératifs de l’éthique animale avec ceux de l’éthique environnementale.

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