La recherche sur les embryons humains, les embryoïdes et la règle de 14 jours

Au début mars 2017, un article de NPR rapportait que des chercheurs de l’Université Rockefeller créaient des structures très proches d’embryons humains. En effet, ces structures cultivées in vitro à partir de cellules souches ressemblent et se comportent comme des embryons. L’objectif est de se servir de ces « embryoïdes » pour faire de la recherche sur le développement embryonnaire. Le recours à de telles structures soulève une question importante : les « embryoïdes » devraient-ils être soumis à la règle interdisant de faire de la recherche sur des embryons humains au-delà de 14 jours? Cette question nous offre aussi une occasion de revisiter le débat récent autour du maintien ou non de cette période de 14 jours.

La règle de 14 jours remise en question

En mai 2016, des chercheurs des universités Rockefeller et Cambridge ont cultivé des embryons humains in vitro pendant 13 jours, prolongeant d’une semaine toutes les expériences effectuées jusqu’à ce jour. Les embryons ont été détruits avant le quatorzième jour, histoire de se conformer aux lois, mais sans cela ils auraient sans doute poursuivi leur développement. La récente prouesse de Rockefeller et Cambridge nous conduit aux limites de la loi : devrions-nous revoir celle-ci? Certains chercheurs aimeraient qu’on repousse le délai maximal de culture des embryons à 28 jours de manière à acquérir encore plus de connaissances.

Quelques enjeux éthiques

D’un point de vue utilitariste, on peut défendre l’idée que les bénéfices pour la collectivité (connaissances, bénéfices de santé) qui seraient apportés par la recherche au-delà de 14 jours justifieraient l’utilisation et la destruction d’embryons. La capacité de cultiver des embryons sur une plus longue période promet des avancées en recherche fondamentale et en médecine. On présume que des études plus approfondies permettraient d’en apprendre plus sur les fausse-couches, la stérilité, l’apparition de l’autisme et autres affections auxquelles on pourrait trouver de nouveaux traitements.

Cependant, tout ne peut pas se justifier sur la base de l’utilité sociale. Par exemple, on ne peut pas tuer un être humain sur cette base. Or, des opposants à la recherche sur les embryons au-delà de 14 jours considèrent que ces derniers sont des êtres humains. Par conséquent, selon eux, l’utilité sociale ne peut justifier la destruction d’embryons impliquée par cette recherche. Cet argument repose sur l’affirmation que l’embryon est un être humain à 14 jours. Certains soulignent que c’est à ce moment qu’il commence à former une tête et une queue. C’est aussi à ce stade que la division de l’embryon en individus génétiquement identiques n’est plus possible. En ce qui concerne les embryoïdes humains, une réflexion devrait également être faite sur leur statut.

L’argument précédent suppose que les êtres humains ont le même statut moral et le même droit à la vie à toutes les étapes de leur vie. Or, certains éthiciens considèrent que la question du statut d’être humain et celle du statut moral sont différentes. Ainsi, même si on admet qu’un embryon de 1 ou 14 jours est un être humain, cela n’entraine pas qu’il ait le même statut moral. La question revient alors à déterminer quelles propriétés doit posséder un être humain afin de se voir reconnaitre un statut moral : la conscience, la capacité d’agir, le potentiel d’être rationnel? Or, l’embryon ne change pas sur ce plan entre 14 et 28 jours.

Par ailleurs, certains se demandent si lever le verrou des 14 jours, même pour y substituer un autre, sera le début d’une pente glissante vers des utilisations discutables de l’embryon humain. Par exemple, comme il a été possible de développer des embryons sans le recours d’un utérus, on peut questionner la nécessité de celui-ci dans la gestation d’un fœtus. Cette première brèche pourrait constituer le début d’une pente glissante vers la mise au point d’utérus artificiels. Il ne faut pas perdre de vue, cependant, qu’il existe plusieurs autres obstacles techniques à la mise au point d’un tel système et que rien n’empêche leur interdiction pure et simple. Devrait-on déconseiller la prolongation du délai de 14 jours pour empêcher l’apparition d’applications hypothétiques?

Quoiqu’il en soit, les avancées technologiques en matière de culture d’embryon nous conduisent aux limites des lois. Une réflexion éthique s’avère nécessaire pour accompagner le débat légal. Cette réflexion devra aussi porter sur les « embryoïdes » humain : quel est leur statut sur le plan éthique? Devraient-ils être traités de la même manière que les embryons?