Téléphones intelligents et médias sociaux : les impacts sur la santé mentale des jeunes

Les jeunes d’aujourd’hui consacrent davantage de temps aux activités en ligne que leurs prédécesseurs, et ce, dans l’ensemble des pays de l’OCDE. Les recherches laissent toutefois entrevoir des résultats mitigés et nuancés lorsqu’il s’agit d’évaluer les impacts de l’usage d’appareils intelligents sur leur santé mentale. Il sera question ici de présenter les faits saillants des analyses portant sur le sujet, dans l’optique de jeter un éclairage sur les enjeux éthiques découlant de l’utilisation des téléphones intelligents et des réseaux sociaux. En particulier, ces enjeux touchent le bien-être des jeunes et la responsabilité collective à cet égard.

Qu’en dit la recherche ?

Il est possible de noter, en Amérique du Nord, une hausse de problèmes de santé mentale comme la dépression et l’anxiété chez les jeunes, soit un phénomène mis en parallèle avec l’utilisation accrue des appareils intelligents et de l’usage des réseaux sociaux.

À ce propos, il est toutefois difficile de dégager un lien causal direct entre ces deux variables et de discerner si cet usage du numérique cause des impacts négatifs sur la santé mentale ou s’il en est plutôt l’effet. Il se peut que la détresse psychologique pousse des jeunes à fuir dans le monde virtuel. Ou encore, les deux tendances pourraient être l’effet d’une cause commune. Par exemple, l’usage excessif des téléphones intelligents par les parents pourrait entrainer à la fois de la détresse psychologique et un usage abusif du téléphone chez l’enfant. Il est fort probable que les liens entre santé mentale et usage des nouveaux médias se renforcent mutuellement et dépendent d’une multitude d’autres facteurs. Le bien-être revêtant un caractère multidimensionnel, l’usage des appareils numériques et des médias sociaux est à mettre en perspective avec d’autres facteurs individuels et environnementaux.

Impacts sur le bien-être

Tout de même, des études mettent en lumière une corrélation positive entre les troubles de santé psychologique et l’usage des téléphones intelligents, en apportant des précisions sur les types d’impacts et certains facteurs de protection contre les effets négatifs. Dans un rapport sur le bien-être des élèves, les chercheurs de l’OCDE précisent que ce n’est pas l’usage en soi des technologies de l’information et de la communication (TIC) qui est problématique, mais le type d’usage et le temps qui leur est consacré au-delà d’un certain seuil.

L’usage excessif peut, de manière plus précise, culminer vers des symptômes de dépression, renforcer l’isolement et miner l’estime personnelle. À cette considération s’ajoute le lien noté entre l’usage excessif et la réduction du sommeil, soit une dimension qui se répercute sur l’état psychologique. Or, cet effet sur le plan cognitif vient jouer sur les autres sphères de la vie du jeune, dont la réussite scolaire, notamment par un manque de concentration et de motivation en classe.

Dans la même veine, le temps accru consacré aux médias sociaux comme Facebook peut laisser transparaître une forme de dépendance, en plus d’alimenter certains sentiments négatifs comme les préoccupations relatives l’image corporelle ou le stress de ne rien manquer en ligne. Les médias sociaux accentuent, pour ainsi dire, la tendance d’une comparaison entre pairs et contribuent à nourrir un sentiment d’insatisfaction. Dans cette foulée, plusieurs notent l’importance de cultiver des liens interpersonnels en personne, ces derniers s’avérant de bons facteurs de protection.

Responsabilité collective

Parmi les enjeux éthiques qui émanent de ces considérations, il est possible de noter celui de tout faire reposer entièrement sur les épaules des jeunes la prise en charge de leur bien-être psychologique ou de cultiver des attitudes moralisantes à leur égard.

En ce sens, des chercheurs invitent à aborder les solutions comme relevant d’une responsabilité partagée. Les professionnels en santé peuvent ici jouer un rôle en concertation avec les jeunes et les parents dans un climat de confiance et d’ouverture. D’ailleurs, les études font ressortir que les jeunes eux-mêmes jugent opportun de bénéficier d’un encadrement. Du côté des compagnes de médias sociaux, il est possible de voir émerger quelques initiatives, comme des applications qui dirigent les internautes vers des ressources en santé mentale selon les mots recherchés. Poursuivre les recherches afin d’affiner la compréhension des causes relatives aux problèmes de santé mentale peut aussi contribuer à dégager des solutions taillées aux besoins des jeunes.

En complément, il est fait mention qu’une intégration des technologies en classe, lorsque menée avec soin et à des fins pédagogiques, peut doter les élèves des outils pour un usage judicieux d’Internet en dehors de l’école également. C’est d’ailleurs dans cette optique que certains préconisent la sensibilisation des jeunes aux enjeux de la dépendance aux appareils technologiques plutôt que de miser sur la simple interdiction de leur usage (en contexte scolaire notamment). Cela est en cohérence avec la position prise par l’édition 2015 de la CEST-Jeunesse 2015 portant sur l’utilisation des technologies numériques en éducation. Rappelons que «dans ses commentaires et ses recommandations, la CEST-Jeunesse a opté pour une approche mixte. Dans certains cas, la sensibilisation suffit. Dans d’autres, la CEST-Jeunesse reconnaît une valeur éducative à l’interdiction et au contrôle, qui démontrent clairement aux élèves les normes à respecter et les limites à ne pas franchir. Cependant, elle juge aussi que ce contrôle doit laisser place, progressivement, à une plus grande responsabilisation des jeunes […] plus l’élève avance en âge» (CEST-Jeunesse 2015, p. 19).

Pour poursuivre vos réflexions sur le numérique et la santé mentale des jeunes, consultez nos Éthique Hebdos passés touchant à ces enjeux :