Les enjeux environnementaux et climatiques des TIC et de l'intelligence artificielle

La Commission travaille actuellement sur un avis qui vise à mieux cibler les enjeux éthiques liés au développement et aux usages des technologies de l’information et des communications (TIC) et de l’intelligence artificielle (IA) en matière d’environnement et de lutte contre les changements climatiques. Elle cherche à formuler à cet égard des recommandations pertinentes aux décideurs publics. La Commission a mis sur pied un comité de travail rassemblant une dizaine d’experts spécialisés en éthique, en environnement, en changements climatiques, en déchets électroniques, en technologies numériques, en certification éthique, en intelligence artificielle et en technologies numériques. Les travaux de ce comité débutent en octobre 2020.

Bénéfices et risques environnementaux des TIC et de l’IA

Plusieurs avancent que les TIC et l’IA peuvent apporter de grands bénéfices à la protection de l’environnement et du climat :

  • Elle favoriserait la transition énergétique des sociétés, une gestion plus durable des ressources et des écosystèmes, la réduction de la pollution, l’adoption de mesures de conservation de la biodiversité et une meilleure adaptation aux changements climatiques.

  • En permettant de recueillir une plus grande quantité d’information sur les écosystèmes naturels et marins, les systèmes d’intelligence artificielle (SIA) pourraient améliorer notre connaissance prédictive des écosystèmes et du climat de manière à optimiser l’utilisation des ressources naturelles ainsi que le fonctionnement des réseaux énergétiques, de l’agriculture et des réseaux de transports, que ceux-ci soient routiers, marins ou d’aviation.

  • Sur le plan des changements climatiques, les SIA permettraient une réduction significative des émissions de GES et constitueraient un outil indispensable à l’adaptation des sociétés humaines aux changements climatiques. En effet, les SIA offrent différentes analyses de bases de données interconnectées permettant de mieux comprendre et modéliser le fonctionnement des mécanismes climatiques complexes ainsi que d’anticiper leur évolution.

Cependant, les conséquences environnementales négatives des TIC et de l’IA soulèvent de plus en plus d’inquiétudes :

  • Les TIC et l’IA consomment une quantité importante et croissante d’énergie et de ressources naturelles, dont une part considérable est issue de ressources non renouvelables. La consommation d’énergie des TIC et de l’IA, qui représente actuellement environ 1 % de la consommation d’énergie mondiale, pourrait, selon certaines estimations, grimper jusqu’à 20 % vers 2030.

  • Le cycle de vie complet des matériels et des appareils informatiques et électroniques génère une quantité importante de gaz à effet de serre (GES) et produit une quantité faramineuse de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), aussi appelés e-déchets. En effet, la fabrication des appareils électroniques et électriques nécessite des métaux rares qui ne sont pas renouvelables et dont le raffinage rejette des substances toxiques dans l’environnement, telles que des métaux lourds, de l’acide sulfurique, des éléments radioactifs, etc.

  • Les ressources informatiques et la consommation d’énergie déployées dans l’entrainement d’un seul algorithme d’apprentissage profond seraient cinq fois plus polluantes que le cycle de vie complet d’une voiture.

  • Ces risques environnementaux et climatiques des TIC et de l’IA sont exacerbés par des pratiques industrielles et des phénomènes socioéconomiques tels que l’obsolescence programmée ainsi que la recherche d’amélioration constante de la puissance des appareils et des systèmes qui provoque une accélération du rythme de renouvellement des appareils numériques.

Enjeux éthiques

Les bénéfices et les risques environnementaux et climatiques des TIC et de l’IA soulèvent plusieurs enjeux éthiques.

Soutenabilité de ces technologies

Le développement durable vise à tenir compte des dimensions sociétale, économique, culturelle et environnementale des sociétés humaines de manière à « répondre aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations à venir de satisfaire les leurs ». Bien que les TIC et l’IA puissent générer des bénéfices économiques importants, une perspective de soutenabilité forte du développement durable stipule que les conséquences négatives sur l’environnement et les sociétés humaines ne peuvent pas simplement se trouver compensées par des capitaux économiques.

Justice intergénérationnelle

Au cœur de l’enjeu d’assurer la soutenabilité des TIC et de l’IA se trouve celui de la justice intergénérationnelle. Comment faire en sorte que le développement actuel des TIC et de l’IA se réalise de manière soutenable et garantisse aux générations futures de pouvoir répondre à leurs besoins?

Protection de l’environnement et la lutte contre les changements climatiques

La progression de la numérisation des sociétés modernes peut avoir des conséquences positives pour la protection de l’environnement et la lutte contre les changements climatiques comme elle peut aussi se traduire par une augmentation des émissions de GES, une plus grande pression sur les ressources naturelles et une plus grande pollution globale de l'environnement. Est-ce que les bénéfices potentiels des TIC et de l’IA en matière de protection de l’environnement et du climat sont supérieurs aux conséquences négatives déjà bien tangibles? Est-ce que le développement des TIC et de l’IA permettront de respecter les exigences de réductions considérables des GES, voire des GTCo2 (GES et autres gaz contribuant au réchauffement du climat)? Enfin, est-ce que certains développements des TIC et de l’IA devraient être abandonnés de par leur caractère beaucoup trop dommageable pour l’environnement et le climat?

Justice environnementale

La justice environnementale concerne la répartition égale des bénéfices et des torts liés aux conséquences environnementales lesquelles affectent de manière inégale les populations humaines entre les États du monde et à l’intérieur même de ces derniers. En effet, les dégradations environnementales contribuent à renforcer et à creuser les inégalités sociales entre les États du monde et à l’intérieur de ceux-ci. Cette réparation inégale des bénéfices et des torts environnementaux touche conséquemment l’enjeu de la justice internationale.

Justice internationale

Une grande quantité de DEEE se retrouverait dans des décharges de déchets de pays en voie de développement en Afrique et en Asie, occasionnant de sérieux problèmes sanitaires pour un grand nombre d’habitants de l'hémisphère sud en situation de pauvreté. Ces derniers se trouvent devant peu d’autres choix que celui de tenter de récupérer, sans dispositifs de sécurité, des matériaux à haut niveau de toxicité. La problématique des déchets électriques et électroniques appelle à une organisation plus efficace et transparente de récupération des DEEE. D’ailleurs, l’augmentation des GES liés à la production et la consommation des TIC et des systèmes d’IA provient majoritairement de pays développés à travers le monde, alors que ce sont des pays moins développés de l’hémisphère sud qui subissent les conséquences les plus importantes liées aux changements climatiques.