Neurotechnologies et interfaces cerveau-machine
Les neurotechnologies permettent d’observer, de surveiller, d’analyser, de prédire et de moduler directement le système nerveux pour le comprendre, l’influencer, le restaurer ou en augmenter les capacités. Ces technologies ont deux grandes fonctions: décoder l’activité du cerveau et du système nerveux (fonction de lecture) et modifier, ou influencer, cette activité (fonction d’écriture).
Le développement d’interfaces neurales, aussi appelées interfaces cerveau-machine, constitue un développement majeur des neurotechnologies. Ces interfaces sont des dispositifs, internes ou externes à la boîte crânienne, qui permettent de décoder et de modifier l’activité du système nerveux. Grâce, notamment, à l’intégration d’intelligence artificielle (IA), les capacités des neurotechnologies connaissent depuis une dizaine d’années une croissance rapide.
Applications
Dans le domaine de la santé, les neurotechnologies permettent déjà de restaurer la motricité, de corriger des déficiences sensorielles ou de pallier divers handicaps en permettant de décoder et stimuler l’activité du système nerveux et de contrôler des machines par la pensée.
Plusieurs usages non thérapeutiques des neurotechnologies sont également appréhendés dans les domaines de l’éducation et du travail (pour surveiller et moduler l’activité mentale des travailleurs et étudiants), du divertissement, de la culture et du sport (neuro-gaming, création artistique, innovation en parasport), du markéting et de la communication politique (analyse de données neurales pour comprendre et influencer les comportements), du droit (preuves à partir de l’observation du système nerveux), de la défense (contrôle d’armes via des interfaces neurales, communication « silencieuse » de cerveau à cerveau) et de l’industrie du bien-être (appareils et applications visant à améliorer la gestion de l’anxiété, la concentration ou le sommeil).
Enjeux éthiques
On peut distinguer plusieurs types d’enjeux éthiques découlant des progrès et du déploiement éventuel des neurotechnologies, liés:
À des risques psychologiques inédits;
- L’utilisation d’interfaces neurales pour moduler l’activité cérébrale peut-elle occasionner des altérations non désirées de la personnalité, du sens de l’identité et de l’agentivité des utilisateurs et utilisatrices?
- Comment le déploiement de ces technologies risque-t-il d’affecter les personnes issues de la neurodiversité?
- Enchâsser de nouveaux droits, tels qu’un droit à l’intégrité mentale et un droit à l’identité personnelle et à la continuité psychologique, est-il nécessaire afin de prévenir ou de mitiger ces risques?
Aux nouvelles pratiques de collecte et d’analyse de données:
- La reconnaissance d’un droit à la vie privée mentale peut-elle être une réponse adéquate face à ces pratiques?
- Les données neurales sont-elles de même nature que les données biométriques ou que les données non neurales permettant d’inférer des états mentaux?
Au potentiel de neuro-augmentation de ces technologies :
- Comment l’augmentation des capacités humaines via l’utilisation des neurotechnologies est-elle susceptible d’exacerber les inégalités socio-économiques existantes?
- Ces formes de neuro-augmentation remettent-elles en question l’équité d’activités de nature compétitives (telles que les compétitions sportives, par exemple)?
À l’intégration d’IA dans les dispositifs neurotechnologiques.
- Comment les biais propres à l’apprentissage machine sont-ils susceptibles d’affecter le fonctionnement d’appareils neurotechnologiques ou de discriminer les personnes issues de groupes minorisés?
Pour aller plus loin
Vie privée mentale et protection des données neurales
Faut-il de nouveaux droits pour contrer les risques posés par les interfaces cerveau-machine?
Histoire d’un aller-retour : neurosciences et IA

